Une partie de la loi HADOPI, qui peut sembler anecdotique, stipule que les abonnés Internet sont responsables de leur connexion et de chaque personne l’utilisant. Effectivement, ça simplifie grandement les démarches pour trouver le pirate utilisant une adresse IP donnée, puisqu’il est désigné par avance. La nouvelle version de la loi a clarifié cette notion. Dans les avertissements que l’abonné recevra, il sera clairement indiqué que si le vilain pirate n’est pas lui, eh ben tant pis, il n’a qu’à sécuriser sa connexion Internet. Comme il peut.
C’est là que les choses se compliquent, car dans la plupart des foyers on trouve aujourd’hui une connexion réseau sans fil 802.11 b/g, autrement dit du Wi-Fi. Et le Wi-Fi, l’actualité nous le rappelle, ce n’est pas trivial à protéger.
Pour sécuriser une connexion Wi-Fi, il faut la crypter. Ceci a deux objectifs : protéger la confidentialité des informations échangées, et authentifier les participants du réseau. Dans l’immense majorité des cas, la méthode utilisée est la PSK, « pre-shared key », autrement dit un mot de passe connu de tous les participants. Donc seuls les participants disposant du mot de passe peuvent utiliser la connexion Wi-Fi. Trois systèmes de cryptage sont couramment utilisés, avec des noms barbares : le WEP, le WPA TKIP, et le WPA2 AES.
Le premier, le WEP, est aujourd’hui considéré comme très faible. Le mot de passe peut être retrouvé en quelques minutes, voire quelques secondes. A éviter absolument, quand c’est possible. Le second, le WPA TKIP, était jusqu’à présent considéré comme fort. Mais quelques faiblesses ont récemment été pointées du doigt, et les cryptanalystes sont à l’oeuvre pour rendre l’attaque possible. Vous lirez ici et là que cette protection est déjà obsolète, ce n’est pas tout à fait vrai. Reste donc le troisième, le WPA2 AES, qui semble un candidat pérenne… Jusqu’à ce que d’autres vulnérabilités soient découvertes.
Mais la question n’est pas là. Quelle que soit la protection disponible chez vous, HADOPI ne dit pas laquelle utiliser. Et si votre point d’accès Wi-Fi n’offre pas la toute dernière protection à la mode, devez-vous le remplacer ? Qui paie ? Et si vous avez envie de profiter et de faire profiter d’un réseau Wi-Fi communautaire ? Est-ce illégal ? Là encore, HADOPI ne dit rien. Et si vous utilisez des prises CPL, devez-vous faire signer une charte de non piratage par vos voisins et par ErDF ? Jusqu’où peut-on aller dans l’hypocrisie ?
Le fait est que cette loi repose entièrement sur l’identification d’un coupable (responsable ou non) à partir d’une adresse IP. Et ceci, de par la nature même du réseau Internet et des réseaux domestiques, ce n’est pas possible.
Alors deux solutions, soit imposer une vraie technologie aux abonnées, aux FAI, et aux opérateurs de téléphonie mobile, permettant d’identifier toute personne connectée à Internet sur le territoire Français, soit préserver la liberté de chacun. Et j’ai comme un doute…